Que devient notre imaginaire lorsque quelqu’un qui en occupait une place immense disparaît de notre quotidien ? Parce que oui, lorsque l’on crée, on puise évidemment dans nos pensées abstraites, mais celles-ci sont invariablement nourries par d’autres facteurs bien concrets, eux. Nos expériences, nos émotions, nos relations, les personnes que l’on observe, les conversations, les projections, les fantasmes qui nous habitent, les futurs que l’on imagine, et parfois, parfois, un rire que l’on cherche à provoquer, ou un sourcil que l’on désire voir se lever.
Certaines personnes deviennent ainsi des personnages récurrents de notre paysage intérieur, et leurs réactions sont nos baromètres.
J’écrivais pour obtenir ses réactions, pouvoir les analyser, alors qu’il était plongé dans ma production du jour, jusqu’au plus petit rictus, jusqu’au plus imperceptible plissement des paupières. Quand il pouffait, je pouvais cocher la case « banco », quand il se tournait vers moi, ses yeux pleins de larmes, je pouvais reprendre ma respiration et me dire que là, là, c’était vraiment bon. Quand il m’envoyait une emote au lieu de mots, je savais que j’avais touché juste, que mes propos l’avaient touché, profondément.
Avec cette personne, disparaissent aussi certains projets communs, une matière émotionnelle, une façon de regarder le monde, et même une version de soi-même 🤐
J’ai perdu ma muse. Les idées sont souvent là, mais leur point d’ancrage a disparu. Le vide créatif ou le manque d’élan ne sont pas toujours synonymes de manque d’idées, loin de là. Je ne sais tout simplement plus pour qui écrire.
Je sais aussi que je n’ai plus envie de raconter certaines choses, que le liant de mes romans déjà édités s’est dissipé en même temps que lui, et que l’amour tel que je le décrivais dans ces histoires, ne pourra plus prendre vie de cette manière sous ma plume ✍️ Je poursuis mes projets, mais ils ont une autre couleur et aujourd’hui, je dois décider si cette nouvelle nuance a une valeur à mes yeux, ou non.
Mon écriture, personnellement, n’a jamais été cathartique. Je ne sais pas écrire ma douleur, ou plutôt, si, je sais, mais lorsqu’elle s’est apaisée, car avant, tout est bien trop aigü, trop douloureux, pour être en mesure de sortir en idées ordonnées et en mots lisibles 😓 Je m’accroche aux challenges que je lance régulièrement sur mon serveur Discord et qui me permettent de titiller ma plume sans conséquence. Je tente aussi de trouver mon propre fonctionnement, en donnant une autre forme à mes projets.
Est-ce que je peux renouer avec mon imaginaire ? C’est la question qui me hante depuis plus de 18 mois. Je ne retrouverai jamais celui qui était le mien alors que ma vie était liée à la sienne, car par une mystérieuse force magique, il nous appartenait à tous les deux. Non, retrouver un imaginaire qui me serait propre, qui ne dépendrait de personne et qui puiserait davantage dans des ressources autonomes et personnelles que dans ma propension à vivre le merveilleux avec autrui.
Je ne créais pas avec quelqu’un en tête, je n’écrivais pas à partir de ce que cette personne provoquait en moi, je produisais pour lui, exclusivement pour ses yeux, son coeur et son âme littéraire 📚 Aujourd’hui, je réapprends à créer depuis un territoire qui s’est radicalement transformé. Je me rapproche ainsi de mes cycles naturels, j’ai laissé en jachère fin 2025 et début 2026, j’ai imaginé mon retour lorsque le printemps frappait à nos portes, puis durant les canicules estivales, j’ai laissé émerger les envies que je vais m’efforcer d’explorer prochainement.
Sans lui, mais totalement avec moi.